Comment devient-on éditeur en Suisse romande?

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Portrait des éditeurs de Presses Inverses
Antoine Viredaz et Alexandre Metzener © Michel Auberson

En juin 2023 à Fribourg, une table ronde a réuni sous l’égide de LivreSuisse et du SBVV (Schweizer Buchhändler- und Verleger-Verband) les maisons d’édition romandes et alémaniques pour parler de leurs préoccupations. Des thématiques communes ont émergé, comme le prix des envois postaux, la transition écologique de la chaîne du livre, etc. En revanche, d’autres problématiques évoquées à cette occasion semblent circonscrites à notre côté de la Sarine. Parmi elles, la question de la formation des futurs éditeurs. Alors que le SBVV dispense cours de base et formations continues au métier de l’édition, et que la France propose une maîtrise universitaire dans ce domaine, il n’existe rien de tel en Romandie. Ce constat soulève une question: comment devient-on éditeur en Suisse romande? À ce titre, l’histoire des Presses inverses, notre maison fondée fin 2020 et récemment devenue membre de LivreSuisse, peut illustrer l’un des multiples parcours possibles vers le métier d’éditeur. 

L’histoire des Presses inverses débute par un livre d’artiste un peu facétieux, entièrement réalisé à la main et tiré à 50 exemplaires. À partir de là se sont rapidement enchaînés des projets simples puis plus ambitieux, jusqu’à atteindre en 2023 un catalogue d’une trentaine de titres. Deux éléments ont déterminé, au début, le développement de notre maison. D’une part, l’un de nous travaillant dans une librairie, nous avons pu facilement atteindre notre premier public en nous appuyant sur sa clientèle. D’autre part, issus l’un et l’autre d’une formation académique en lettres, nous disposions d’un bagage assez solide pour définir notre ligne éditoriale. Mais le tournant décisif est arrivé lorsque nous avons conclu un contrat avec un diffuseur, permettant de développer notre présence en librairies tout en dégageant plus de temps pour nos projets éditoriaux. Ce pas, nous n’aurions pas pu le franchir sans les échanges avec nos collègues rencontrés à LivreSuisse, leurs conseils et leur bienveillance.

Alors, quel enseignement tirer de cette (encore brève) histoire? Assurément, la formation sur le tas n’est ni la seule ni sans doute la meilleure voie d’accès au métier de l’édition. Certains collègues y sont venus par un stage, d’autres par une formation académique en France, d’autres encore par d’autres chemins; et on ne pourra que saluer, si elle se produit un jour, la création d’une filière de formation institutionnelle, qu’il s’agisse de cours comme ceux du SBVV ou d’une maîtrise universitaire ou HES. Et quoi qu’il arrive, les associations professionnelles jouent un rôle indispensable pour que le métier de l’édition reste un lieu de créativité, de diversité et d’échange.

Source:
Antoine Viredaz et Alexandre Metzener, Magazine LivreSuisse n°6