Alessandro Baricco reçoit le 42ème Prix Européen de l’Essai pour son livre The Game, essai sur l’insurrection numérique

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Nous nous demandons souvent vers quelle civilisation le monde digital nous conduit. Alessandro Baricco retourne la question et cherche à comprendre pourquoi nous avons créé ce monde. Ce faisant, il dessine la carte de ce nouveau territoire, révélant un sens inédit à cette révolution qui nous a radicalement transformé.

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Photo © Francesca Mantovani

The Game, edition française, Gallimard 2019

The Game est un livre miroir de nos habitudes contemporaines : « Wikipédia, Facebook, Skype, YouTube, Spotify, Netflix, Twitter, YouPorn, Airbnb, iPhone, Instagram, Uber, WhatsApp, Tinder, Tripadvisor, Pinterest. Cochez celles auxquelles vous consacrez chaque jour une part non négligeable de votre temps. Ça fait un paquet, hein ? A se demander comment on occupait nos journées avant. (…) Que s’est-il passé pour que nous changions d’avis en si peu d’années et que nous acceptions l’idée d’une révolution dans laquelle nous risquons le tout pour le tout ? Avons-nous été conquis ? »

Dans son essai Les Barbares (2006), Alessandro Baricco décrivait le « démantèlement systématique de tout l’armement mental hérité de la culture romantique et bourgeoise du 19e siècle » en voyant dans cette invasion barbare une mutation généralisée de la société nous conduisant à une expérience du monde très différente mais tout aussi valable que l’ancienne.

Avec ce même optimisme lucide, il poursuit dans The Game sa brillante étude de la société contemporaine. Le monde numérique fait tout pour se présenter comme un jeu et y réussit fort bien. En mettant en perspective l’intelligence qui a fabriqué le monde digital, la revendication collective qui a voulu cette révolution, Alessandro Baricco met en évidence les fondements d’un monde en apparence facile et superficiel, pour arriver à la conclusion que « ce n’est pas le Game qui doit revenir à l’humanisme. C’est l’humanisme qui doit combler son retard et rejoindre le Game ».

L’originalité de cet essai tient également à l’adresse particulière qui est faite au lecteur. La vivacité du geste d’écriture, mêlant humour et registre plus familier, offre un argumentaire limpide qui nous permet de nous situer dans la nouvelle double réalité très exigeante, à la fois physique et virtuelle, qui caractérise notre « humanité augmentée ».

Le Jury du Prix Européen de l’Essai salue une œuvre profondément philosophique, une prise de position personnelle, une démarche d’essayiste nourrie par un talent de romancier, et une lecture captivante qui touche au cœur de la problématique actuelle du monde numérique.

 

Éléments biographiques sur l’auteur :

Après des études de philosophie et de musique, Alessandro Baricco se tourne vers le monde des médias. Rédacteur dans une agence de publicité puis journaliste et critique pour des périodiques italiens, c’est grâce aux émissions télévisées Pickwick et Totem qu’il acquiert une grande notoriété en Italie. Il réussit alors le pari de rendre la critique littéraire accessible et de réhabiliter la culture dans les habitudes populaires.

En 1991, il publie son premier roman Les châteaux de la colère qui arrive en finale du prix Campiello, puis une fois traduit en français, remporte le prix Médicis étranger. En 1997 paraît Soie, rapidement au sommet des ventes de livres, puis Océan, Mer (1998, prix Viareggio) et Novecento : pianiste (1997). Il fonde une école d’écriture avec des amis écrivains, la Scuola Holden, en 1994 (elle tient son nom du héros du roman de Salinger L’Attrape-Cœurs qui détestait l’école).

 

Agenda: 

Lundi 5 Octobre 2020 à 18h au Lausanne Palace

Cérémonie de remise du prix

Laudatio prononcée par Emanuele Coccia, philosophe, maitre de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales, Paris
Conférence d’Alessandro Baricco

Lundi 5 Octobre à 12h30-14h30

Rencontre à l’Université de Lausanne, suivie d’un café dédicace

Alessandro Baricco, Lauréat du Prix Européen de l’Essai 2020, participera à une discussion à l’Université de Lausanne qui sera animée par Francesco Panese, professeur d’études sociales de la médecine et des sciences, UNIL, membre du jury du Prix Européen de l’Essai.

Avec

  • −  Emanuele Coccia, philosophe, maitre de conférences à l’École des Hautes Etudes enSciences Sociales, Paris
  • −  Isabelle Collet, professeure associée en sciences de l’éducation à l’Université de Genève, spécialiste de l’inclusion des femmes dans le numérique (fondatrice de l’ARGEF), auteure de Les oubliées du numérique (le passeur éditeur, 2019)
  • −  Isaac Pante, écrivain, maître d’enseignement et de recherche en cultures et édition numérique, conseiller scientifique en transition numérique, membre fondateur du Gamelab (UNIL)

Ces deux rendez-vous sont ouverts au public sur inscription : https://fondation-veillon.ch/

 

Le Prix Européen de l’Essai :

Le Prix Européen de l’Essai décerné par la Fondation Charles Veillon, consacre depuis plus de quarante ans un ouvrage ou l’oeuvre d’auteur·e·s qui, par leurs écrits, contribuent à nourrir et diffuser le mouvement de la pensée.
Depuis 1975, le Prix Européen de l’Essai veut attirer l’attention sur des d’auteur·e·s dont l’œuvre peut avoir valeur de témoignage et qui offrent une critique féconde des sociétés actuelles, de leurs pratiques et de leurs idéologies.

Ce prix a déjà salué des auteur.e.s aussi divers qu’Alexandre Zinoviev, Edgar Morin, Tzvetan Todorov, Amin Maalouf et Siri Hustvedt. De grands noms de la pensée en Suisse : Jean Starobinski, Iso Camartin, Peter von Matt ou Alain de Botton, ont également été couronné du Prix Européen de l’Essai. Alessandro Baricco est cette année le 42e lauréat.

Le Prix Européen de l’Essai est doté d’un montant de 20.000 CHF. Il est remis à l’occasion d’une cérémonie de remise du prix ouverte au public sur inscription, suivie d’une séance de dédicace. Il donne également lieu à un débat public à l’Université de Lausanne.

« Quand on présente une de ces œuvres hybrides, on la qualifiera aisément d’essai pour dire qu’il s’agit de quelque chose d’inachevé, d’incomplet, d’un coup d’essai, qu’il ne faut pas prendre trop au sérieux. Et pourtant, si l’on considère ce qui dans le monde occidental a provoqué le véritable mouvement de la pensée humaine depuis le 16ème siècle, ce qui a induit directement le changement culturel de la société, l’évolution des mentalités, ce qui a provoqué la mutation de l’échelle des valeurs, nous rencontrons à chaque instant l’Essai. »

Allocution de Jacques Ellul, 1er lauréat du Prix Européen de l’Essai, lors de la cérémonie de remise du prix en 1975.

Inscription et information : Elise David
+41 78 894 04 07 / elise.david@fondation-veillon.ch