Le coup de cœur de la librairie St-Augustin

Alice Rivaz, Sans alcool, Zoé poche

Les Editions Zoé ont réédité en 2020 le recueil de nouvelles « Sans alcool »  d’Alice Rivaz publié en 1961 à la Baconnière. Réédition qui complète la grande activité autour de cette autrice majeure de la littérature suisse romande avec notamment l’exposition au Palais de Rumine : Alice Rivaz présence des femmes.

Alice Rivaz maitrise parfaitement l’art de la nouvelle. Dès les première phrases le ton est donné, on est projeté.e dans le quotidien des protagonistes. Il n’y a rien de superflu, l’écriture est sobre, directe mais non dénuée de poésie et on avance inexorablement vers une fin que l’on devine rarement joyeuse. Rarement joyeuse car tous ses thèmes chers sont présents. La précarité et la solitude comme dans « Le piano de mademoiselle Lina ». Cette dernière à la retraite dépérit car sans le sou et délaissée, elle s’ennuie, elle se meurt ; ou dans la nouvelle éponyme où à la solitude s’ajoute le chômage. Misère financière, misère sociale. La domination patriarcale et le poids moral d’une religion rigoriste sont aussi largement présents comme dans « Une Marthe », prénom symbolique, soumise à son père, ses frères puis, pensant s’émanciper grâce au mariage, à son époux.

En lisant ce recueil aujourd’hui, on peut y trouver une certaine passivité, une résignation. Ces femmes ne s’inscrivent pas dans un combat, mais elles sont conscientes de leur statut. Marthe fait une analyse très revendicative de sa situation. Elle enrage de voir son père et ses frères lire alors qu’elle doit sans cesse raccommoder. Elle imagine leur tête si ses doigts n’étaient plus occupés.

Au-delà de la beauté de l’écriture, il est intéressant de constater que si une évolution a eu lieu malheureusement, certains thèmes sont toujours d’actualité.

Yasmina Cordonier, Saint-Augustin, Saint-Maurice