Trois questions à Hadi Barkat

Vous avez présidé le domaine Editeur de LIVRESUISSE des 4 dernières années. Vous vous êtes engagé sur tous les fronts et êtes à l’origine de la refonte de notre association devenue LivreSuisse tout comme de l’ambitieux projet de relance LIBER qui s’apprête à démarrer. Pourquoi quitter le comité central au moment où ces projets prennent place et accroissent notre visibilité et notre attractivité ?

 

 Ce départ des comités peut paraître contre-intuitif, mais il me semble naturel au terme de deux mandats. Le moment paraît excellent pour passer le relai. Et puis, je ne pars pas de LivreSuisse.

Depuis 2017, contribuer à l’essor de l’association a été un magnifique défi. L’engagement sans compter a produit des accomplissements qui me semblent décisifs. LivreSuisse s’est transformée et elle a le vent dans les voiles, une vision claire, un rôle identifié dans le paysage culturel, un magazine, un nombre de membres en augmentation et de beaux projets sur les rails comme LIBER, Bruxelles 2022 et d’autres encore en développement. Ce bilan me procure la conviction que le développement de LivreSuisse ne fait que commencer.

 

On vous connaît curieux, passionné, dynamique et jamais à court d’idées. Au moment de quitter la présidence, quels sont à vos yeux les dossiers prioritaires de notre association et les nouvelles ambitions que vous souhaiteriez lui voir porter ?

 

Notre association comprend statutairement trois domaines (Diffuseurs, Editeurs et Libraires) mais la chaîne du livre concerne aussi la création en amont et la lecture en aval. L’écosystème est une unicité dont nous dépendons, que nous modifions et qui nous modifie en retour. Nous devons solidifier les domaines certes, mais nous devons aussi et surtout les relier pour créer solutions et innovations. C’est comme cela que nous arriverons à résoudre les plus grands défis. C’est dans les interrelations que les grandes idées nouvelles émergeront. Voyez dans cette analyse trois idées : fédérer aussi largement que possible, créer un lien fort avec le grand public et briser les silos pour innover.

 En matière d’innovation justement, LivreSuisse aurait un rôle important à jouer sur deux axes : aider ses membres à occuper davantage le terrain du numérique et développer la formation à leur service.

 Nous venons d’un tout petit coin de monde, mais notre ambition et notre intelligence doivent l’emporter sur la complexité de notre situation.

 

Vous avez fondé en 2008 la maison d’édition Helvetiq, active dans le livre et le jeu, et vous venez de reprendre la maison d’édition bâloise Bergli Books. Une véritable stratégie d’ouverture à l’international qu’Helvetiq a toujours privilégiée : quelles visions déployez-vous dans votre métier d’éditeur et quels sont les objectifs que vous visez à moyen ou à long terme ?

 

 Vous savez, nous avons un ancrage local précieux. Nous adorons opérer au sein de la communauté helvétique et prenons un malin plaisir à convertir certaines de nos idées en titres perpétuant la magie et l’importance des livres pour le public suisse. Nous travaillons pour satisfaire l’attrait de découvrir un livre et de sentir l’enthousiasme des autrices, des auteurs, et de la maison d’édition. Pour cela, nous apportons un soin particulier au contenu comme au contenant. La génération de digital natives que nous sommes chez Helvetiq comprend très bien l’importance de l’expérience analogique que procurent les jeux et les livres.

Notre ouverture sur le monde est plus la conséquence de notre biographie et de nos envies d’équipe que de la volonté de gagner des parts de marché. Nous comprenons un grand nombre de langues et de cultures en VO, et avons la joie de collaborer avec un nombre croissant de partenaires à travers le monde. Cette maison-monde que nous créons en Suisse peut bénéficier aux forces créatives locales tout en contribuant à intensifier les échanges culturels internationaux. On ne s’interdit rien pour le futur.

Je suis extrêmement curieux et enthousiaste de ce qui vient pour Helvetiq.