Trois questions à Laurence Gudin

Il y a plus de 10 ans, vous repreniez les Editions La Baconnière, vénérable institution au catalogue prestigieux qui fêtera en 2027 ses 100 ans d’existence : une opportunité magnifique ? Un vieux rêve utopique ? Dans quel état d’esprit vous retrouvez-vous à sa tête ?

Lorsque j’ai repris la Baconnière en 2012 tout me semblait très clair. J’avais depuis mon adolescence pour vocation de travailler dans l’édition, j’avais poursuivi des études spécialisées, essuyé des plâtres dans divers maisons parisiennes et enfin pris la responsabilité des maisons d’édition du groupe Médecine et Hygiène pendant six ans. Je m’occupais donc déjà de la Baconnière, qui leur appartenait, mais personne n’avait le temps de lancer un programme de publications pour la faire revivre. Pour sauver son catalogue de la dispersion et me rapprocher de mes intérêts littéraires, j’ai alors quitté mon travail pour racheter et faire renaître la Baconnière. C’est après que j’ai pris conscience de la charge que cela représentait et de certaines inimitiés que cela me vaudrait.

10 ans après, Le Livre sur les quais met vos éditions à l’honneur, et c’est pour le catalogue que vous bâtissez depuis, non pour son passé glorieux, que s’est-il passé en 10 ans ?

En cent mots ?! Le travail intellectuel et éditorial que nous avons mené à bien au sein de notre équipe a reposé sur trois nouveaux piliers, ouvrir à la littérature traduite et inscrire la Baconnière dans un contexte francophone et européen ; plonger dans la culture – principalement alternative – locale donc genevoise pour produire des livres critiques richement illustrés et rééditer des auteurs et des titres du fonds avec un appareil critique. En dehors de cela, nous avons fait revivre la mythique collection Langages et publié essais et textes narratifs francophones.

Parallèlement au travail intellectuel, il a fallu mettre en place un travail de fond concernant la promotion, trouver un diffuseur en dehors de la Suisse qui nous convienne, recruter une attachée de presse, faire des tournées en librairies, établir des partenariats, participer à des salons, nouer des amitiés professionnelles…

Vous présidez par ailleurs Swissbooks, une agence littéraire au service des éditeurs suisses. Comment fonctionne-t-elle ? Est-elle ouverte à toutes les maisons d’édition littéraires ?

Swissbooks est une association née en 2021 autour de 7 éditeurs romands à la suite de discussions avec Yoann Bernard, aujourd’hui devenu son directeur. Le constat de toutes ces maisons était : il est impossible de faire voyager nos titres à l’étranger sans y consacrer du temps, des moyens et sans avoir de réseau. Les ventes de titres à l’étranger se basent beaucoup sur les prix reçus et les chiffres de vente. Étant des petites structures, nous ne remplissons pas toujours les critères automatiques, il nous a donc fallu innover. Collectivement, nous avons demandé et reçu une première subvention de la CIIP pour lancer l’association. Il s’agit d’être représenté dans les salons internationaux mais aussi de travailler petit à petit par cercles concentriques en se rapprochant d’éditeurs de notre taille et surtout d’éditeurs proches, à commencer par les Suisses-allemands ! Comme toute association, elle est ouverte aux candidatures de maisons d’édition romandes.