Quatre questions à Léa Hesslein et Amélia Wermeille de la librairie de cap et de mots

Depuis la mi-mars et la contrainte de fermeture des librairies, la chaîne du livre a été fortement impactée par un arrêt quasi-total des ventes. Comment avez-vous vécu ces quelques semaines et comment vous êtes-vous organisées pour pallier au mieux à cette décision ?

Nous étions en vacances lors des annonces de fermeture. A notre retour le 23 mars, nous avions déjà décidé de proposer des livraisons si la demande suivait. Nous avons privilégié les livraisons, assurées gratuitement par nos soins dans tout le canton (Fribourg).
La demande, les deux ou trois premières semaines, a été très forte, donc nous nous sommes organisées au mieux pour y répondre avec ces nouveaux paradigmes, entre la librairie et la maison. Nous avons eu la chance de pouvoir compter sur l’aide de livreurs bénévoles. Heureusement, tous les fournisseurs et livreurs travaillaient encore et livraient le réassort disponible très rapidement.

 

D’un point de vue économique, avez-vous eu recours à des aides de l’état ou à d’autres types d’aide ?

Oui, nous avons pu nous mettre au chômage partiel. Notre propriétaire a accepté la proposition du canton, ainsi nous n’aurons qu’un loyer sur trois à payer pour les mois de mai, juin et juillet. Nous avons également touché une aide suite à la très généreuse proposition du SBVV et de Bon suisse du livre. Les reports d’échéance proposés par l’ensemble de nos fournisseurs, et ce majoritairement sans condition, ont aussi beaucoup aidé.
Grâce à tout cela, la librairie n’est pas en danger, à moyen terme.

 

Depuis la réouverture de la librairie, les clients sont-ils au rendez-vous et comment voyez-vous la sortie de crise ?

Oui ! Nous avons eu beaucoup de monde la semaine du 11 mai. Depuis, le rythme a un peu baissé, mais la fréquentation reste encourageante.
Nous avons aussi de nouveaux clients. Nous l’expliquons par une sensibilité accrue à la situation des commerces de proximité, mais également par la fermeture des frontières (impossibilité de faire des courses à l’étranger) et par un temps de loisirs et d’achats plus facile à gérer avec le télétravail. Nous constatons également que ce n’est pas la course aux dernières parutions qui motive la clientèle.

Nous sommes assez confiantes pour la suite sur le plan commercial. Nous espérons que certains changements s’installent durablement, même si cela semble utopique.

 

La réouverture des librairies s’est déroulée sous le slogan « j’achète un livre suisse », les clients ont-ils été sensibilisés à cette campagne ?

Les auteurs et éditeurs suisses que nous défendons sont bien mis en avant sur nos tables, ce que nous essayons de faire en tout temps. Nos clients y sont en général bien sensibilisés et certains d’entre eux sont clairement informés sur la campagne en cours, ce qui est réjouissant !

Nous avons l’impression que la clientèle est plus curieuse en ce moment et se laisse plus facilement tenter par nos présentations et recommandations, les livres suisses en profitent aussi.