Trois questions à Matthieu Corpataux

Le Salon du livre romand à Fribourg s’appelle désormais Textures – rencontres littéraires et s’apprête à lancer sa première édition du 1 au 3 octobre prochains. Quelles sont les lignes directrices de cette nouvelle identité ?

Mon prédécesseur, Charly Veuthey, avait fait un magnifique travail pour donner du crédit et du public à cet événement. Quand il m’a proposé de reprendre la direction, j’ai tout de suite voulu en faire un événement plus ambitieux, plus important encore : trois jours au lieu de deux, trois langues au lieu d’une seule, de la médiation scolaire et une cinquantaine d’événements au lieu de la belle dizaine des éditions 2018 et 2019. Une manifestation sur le modèle soleurois mais côté romand, avec beaucoup de diversité littéraire, une identité artistique très affirmée autour des littératures suisses et toujours porté par un très beau marché des éditeurs, qui accueilleront également des dédicaces. Une place significative a été réservée à la relève littéraire et cette diversité se traduit aussi dans la forme des événements : des lectures et des tables rondes certes, mais aussi des performances de live drawing ou des concerts littéraires, des expositions, une tea party, un atelier d’expression queer… Pour cette édition, nous avons voulu discuter également les liens étroits qu’il existe entre sport et littératures ; de ce que peuvent les littératures en regard des catastrophes sociales ou environnementales ; ou encore ce que permet la polyglossie dans l’écriture.

Ma grande fierté, c’est que tout le monde y trouvera son compte : les curieux, les familles comme les spécialistes.

 

Le programme manifeste la volonté de s’affranchir des barrières linguistiques. La manifestation s’affirme en effet comme le premier événement trilingue du genre : de nombreuses rencontres seront bilingues et la question de la traduction occupe une place de choix. Sacrés enjeux ! Pourquoi les avez-vous pensés comme tels ?

Oui c’est vrai ! Même si la proportion reste en faveur de la francophonie : sur la cinquantaine d’événements, plus de quarante mettent à l’honneur des autrices et auteurs de Suisse romande. Mais y a-t-il un meilleur endroit que Fribourg pour un telle prise de risque ? Le bilinguisme affirmé, la communauté tessinoise très active grâce notamment à l’Université, un public friand de lecture et tout ça au cœur de la Suisse ?

 

Nous vernirons le deuxième numéro de notre magazine LIVRESUISSE, qui fait la part belle à la production éditoriale romande, dans le cadre de ce festival. En tant que spécialiste de littérature française et médiateur culturel, comment caractériseriez-vous cette littérature romande dans le monde francophone ?

Oui, je suis heureux de vous y accueillir. Je suis extrêmement attentif, en effet, à la production de suisse francophone, mais j’essaie de la penser un peu au-delà de ses frontières régionales. Les littératures suisses sont riches et variées, elles se permettent souvent des prises de risque qu’un marché plus conservateur comme celui de Paris n’oserait pas. A mon avis, elles souffrent surtout, encore, d’un manque de visibilité et j’espère que ces Rencontres littéraires Textures participeront à défendre le champ éditorial et littéraire. Les autrices et auteurs de talent ne manquent pas, le professionnalisme de la branche est de plus en plus solide : c’est maintenant à nous de le montrer au public. Je prends cette mission très à cœur.